

De Portables / Topless Is More (Stilll / Differ-ant)
|  | Sans le savoir, la Belgique a produit l’émission de télé-réalité de l’année, celle qui a tenu en haleine ce qui reste de tout un pays six mois durant. Cette série (au doux nom de Le Gouvernement, C’est Pour Quand ?), inédite en France pour cause de scrutin majoritaire et de culture unilingue, aura eu le seul mérite de prouver par l’absurde que les facteurs de division l’emportaient désormais sur les ruines de l’unité nationale. La politique étant impuissante à combler le fossé, faudra-t-il faire appel au groupe flamand de Portables pour qu’il endosse le rôle de réconciliateur de la patrie ? La chose est envisageable, au vu des éloges pratiquement unanimes que le combo gantois a recueillis, tant au Nord qu’au Sud du pays (et c’est suffisamment rare pour ne pas être passé sous silence). Pour notre part, nous avons toutefois relevé dans ce décor idyllique quelques poussières gênantes sans être rédhibitoires (dont un fameux manque de cohérence de l’album, foutraque au possible, sans parler des field recordings pluvieux en toute fin de disque). Il serait toutefois bien malvenu de chipoter davantage, car ce cinquième album des Portables (pour dix ans de présence) mérite bien plus qu’un simple détour. Ainsi, le psychédélisme pinkfloydien de "Col Phillins" et "Superdedubber" rencontre une post pop au parfum d’épices fleuries, dont les délicats arômes se glissent subrepticement au gré des écoutes. Tantôt ancré dans la réalité du plat pays (le début de "Bulletbabe", échappé d’une chute de studio de Raymondo, avant de partir en une mauvaise vrille à la Ghinzu), tantôt trip éthylique entre Manchester et Anvers ("Vegetarian BBQ", rencontre entre dEUS et Joy Division, "This Is A Song" et son disco funk post punk entre Large Number et The Fall), tantôt pop définitivement high class (le single "Haut Gay", pas très éloigné d’une certaine scène norvégienne emmenée par Erlend Øye), Topless Is More baigne – c’est une heureuse constante – dans un second degré caustique aux effluves tabagiques et aux odeurs brassicoles (version jeunesse flamande branchée). Comme si l’ombre de Charles Bukowski hantait les beffrois de la Belgique éternelle et ses salles de concert.
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© Association Hyacinthe Octopus 2004
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