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Thomas Méry
L'ego du large


illustration  Thomas Méry Idolâtrer Nick Drake et se vautrer dans le Remué de Dominique A. Réciter Jose Gonzalez et s’amouracher de Cat Power. Vivre une aventure dans un groupe post rock (le trio Purr) et produire un disque solo austère aux froides atmosphères de novembre. Terminer le message en s’aventurant dans des espaces exigeants de curiosité malsaine. Car vivre l’expérience Thomas Méry, c’est s’investir à deux cents pour cent dans un voyage aux tréfonds de son âme.
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illustration de l'articleTu as longtemps fait partie de Purr. Comment es-tu venu à la musique ?

Assez tard, en fait. Je gratouillais dans des groupes de lycéens, mais pas trop. Puis il y a eu les débuts de Purr avec Lucy, une Anglaise. Avec Stéphane (Bouvier, ndr) le bassiste, on a passé une annonce et on a rencontré Jérôme (Lorichon, ndlr) qui joue aujourd’hui dans Berg Sans Nipple. C’était en 1995, on a fait des démos et l’idée était de défricher des endroits plus intéressants que la pop traditionnelle, et de chercher du côté de Sonic Youth, Slint ou Tortoise. Le premier album de Purr était très influencé post rock alors que le deuxième était plus alambiqué, genre avant-pop avec cinq morceaux en anglais et cinq en français et vers 2000-2001, ça s’est arrêté pour pleins de raisons personnelles ; je dois ajouter que je n’avais pas non plus très bon caractère à l’époque… De toute façon, nous avions tous envie de faire des choses différentes. Jérôme a rencontré Shane (Aspegren, ndlr) et a démarré Berg Sans Nipple, Stéphane a vraiment cherché à être musicien et a joué avec Françoiz Breut, Luke et M83 pour aujourd’hui jouer avec Yann Tiersen.

Et aujourd’hui, Thomas Méry vit-il de sa musique ?

Non, je n’en vis pas, mais depuis les débuts de Purr, j’ai toujours eu dans la tête de ne faire que de la musique. Actuellement, je gagne ma vie en programmant des sites Internet mais je suis arrivé à un point où j’essaie vraiment de persévérer dans la musique. De mon côté, je voulais développer le côté électroacoustique et j’ai passé trois-quatre ans à ne faire que des sets d’improvisation et à filtrer des sons. C’était uniquement du traitement sonore, je m’intéressais beaucoup plus à la musique expérimentale ; il y a eu un vinyle dont j’étais assez content, qui s’appelle I Matter. A un moment donné, la musique a de plus en plus rempli ma vie.

I Matter, pour situer ton importance ?

Les gens qui me connaissent bien le savent, j’ai un ego assez développé, et I Matter était effectivement un titre choisi pour bien montrer que j’ai de l’importance. Mais je l'ai aussi choisi simplement parce que manipulais de la matière ; sans pour autant tomber dans le trip cosmogonique ou mystique.

Tu parlais d’électroacoustique, mais le côté électronique de ton nouveau disque n’est pas forcément évident…

Quand j’ai recommencé à faire de la guitare, j’ai appris à jouer des choses que je n’avais jamais pratiquées, comme le picking. Je sais bien que ce n’est pas à moi de le dire, mais Nick Drake est une influence majeure, tout comme Jose Gonzalez. Loin de moi l’idée de me comparer à eux, mais c’est cet aspect que j’ai travaillé, ainsi que la voix. J’ai ensuite fait une première démo acoustique que j’ai complétée par des impros électroniques. Si tu vas sur Sundays in Spring*, tu remarqueras que l’aspect électronique est beaucoup plus présent que sur l’album, où je me suis plus concentré sur les chansons. On peut dire, en quelque sorte, que les arrangements du disque sont de l’acoustique filtré.

Et c’est d’ailleurs ce qui donne à ton son ce côté sec et métallique, que je n'associe pas nécessairement à la musique folk…

D’accord, ça veut dire qu’il y aussi un style que je développe inconsciemment. Même harmoniquement, mes morceaux ne sont pas très poussés, et par rapport à la chaleur que des changements harmoniques peuvent apporter, ça peut effectivement sonner assez froid. Cette froideur que tu ressens est peut-être aussi due à des limitations techniques (dans un home studio, dans une maison) ou à mon jeu de guitare tel qu’il était au moment de l’enregistrement, l’été dernier. J’ai passé quinze jours pratiquement seul dans cette maison à bosser les arrangements, la réalisation…


... je n’ai pourtant pas plus envie d’aller vers le beau que vers l’austère. [...] je sais ce que j’ai à dire et comment le dire.

illustration de l'articleFaire un album sous ton propre nom et pas sous un pseudo, c’est aussi une façon de marquer ton identité ?

Oui, j’ai longtemps réfléchi à plein de pseudos différents, pour arriver à la conclusion que je voulais assumer le nom et le prénom que je porte. Et comme c’est dans mon caractère d’être égocentrique, ça ne me pose aucun problème !

Tu es signé sur Dora Dorovitch ; comment les contacts se sont-ils établis ?

C’est un label du sud de la France qui a sorti des choses comme l’avant-dernier Piano Magic, Loisirs ou Telefax, et qui ne savait pas trop où il en était par rapport à son activité. Quand je les ai contactés, ils ne savaient pas trop s’ils allaient sortir le disque ou pas, mais j’avais besoin d’avancer, et je l’ai donc fait. Pendant trois ou quatre mois, j’ai contacté d’autres labels mais je n’ai pas reçu de propositions intéressantes, voire pas de propositions du tout ! C’est normal, en même temps, étant donné que je sors de nulle part, et à moins de faire un truc qui cloue les gens sur place, c’est difficile. A un moment donné, j’ai demandé aux gens de Dora Dorovitch s’ils voulaient finalement sortir le disque et ils ont dit oui. Comme en plus, ils avaient un distributeur, c’était bien. Et puis, il y a Marie Daubert (du forum du magazine Magic, ndlr) et Benoît Toulemonde, avec qui j’avais commencé une plate-forme de production vidéo avec des DVD de Marie et un film de Benoît. On s’est échangé pas mal de choses et je leur ai demandé s’ils comptaient soutenir le disque si Dora Dorovitch le sortait. Comme ils m’ont dit oui, on s’est lancés dans l’aventure.

Un disque appelle idéalement une série de concerts, qui, dans le cas d’un premier album, sont souvent des premières parties. Quelles seraient les cinq premières parties idéales de Thomas Méry ?

D’abord Jose Gonzalez, puis Dominique A, celui de Remué surtout. Après, il y a ce qui serait bien commercialement et ce qui serait bien artistiquement. Joanna Newsom aussi, que j’ai vue sur scène et qui m’impressionne. Je vais te dire quelque chose d’énorme, mais j’aimerais vraiment faire un truc avec Radiohead, qui a ouvert la voie à plein d’artistes… Ou faire la première partie de Cat Power, qui me touche beaucoup, même si je la trouve insupportable sur scène. Il y a aussi Xiu Xiu dont j’ai récemment fait la première partie au Nouveau Casino avec, entre nos deux sets, celui d’Amusement Parks On Fire, un groupe de shoegazers plus pêchu. Avec Marie, on se disait justement que c’était une affiche qui convenait pas mal.

Tu parles de Jose Gonzalez, mais je te verrais bien à l’affiche avec Six Organs of Admittance avec qui tu partages une certaine austérité...

Peut-être, mais en même temps, ça risquerait d’être monotone. D’autre part, je comprends très bien que tu trouves ma musique austère. J’aime bien la musique de Six Organs of Admittance, mais elle ne me touche pas autant que celle de Jose Gonzalez.

Et sa musique, comme la tienne, ne s’écoute pas à n’importe quel moment de la journée. C’est aussi un disque qui se mérite...

Oui, mais je n’ai pourtant pas plus envie d’aller vers le beau que vers l’austère. Après, je crois que mon évolution fait que l’album est comme ça… Ce n’est pas de la prétention, mais je sais ce que j’ai à dire et comment le dire, et avoir fait ce premier disque m’a beaucoup fait évoluer en tant qu’artiste. Humainement, je suis allé assez loin dans ma tête, même vers de mauvais côtés. Pour des raisons qui sont dans le disque, je suis allé dans des directions bizarres, mes amis pourront te le confirmer. Le disque est dédié à Petite A ; c’est un concept psychanalytique, et il faut effectivement parfois avoir envie de se le taper, certains disent même qu’il est éprouvant. Artistiquement, j’espère que le dernier disque est plus musical et moins conceptuel. Le disque vaut ce qu’il vaut mais c’est moi à 100%, et mon idée est que les gens me seront reconnaissants pour ça.

En préparant cette interview, je voulais te parler du Remué de Dominique A… Il se trouve que le disque est justement dans ta voiture et que tu me le cites spontanément en cours d’entretien. Ce disque compte visiblement beaucoup pour toi.

Oui, même si je trouve que Dominique aurait pu aller encore plus loin dans la déchirure. C’est le disque qui me plaît le plus chez lui, car c’est sur cet album là qu’il a pris le plus de risques et que les arrangements sont les plus réussis. C’était à l’époque du deuxième album de Purr et ça nous a montré qu’on pouvait faire du français en étant noir, juste et beau. C’est une œuvre véritable, pleine et assumée…
Fabrice Vanoverberg

Discographie sélective

Nouvel album : Thomas Méry A ship, like a ghost, like a cell (Dora Dorovitch/Discograph)

* Sundays in Spring est un label internet (www.sundaysinspring.net ) sur lequel Thomas Méry a publié un EP 4 titres en 2004, hallonSaft.


Pour en savoir plus

Site de l'artiste : www.thomas-mery.net

Site du label : www.doradorovitch.net



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