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Flint Glass Information Overload
| Les théories d'Alvin Toffler font encore école actuellement. Futurologue de renom, il a notamment développé l'idée selon laquelle l'être humain confronté à une quantité de plus en plus importante d'informations se retrouve plus vite et de façon moins maîtrisable face à ses choix futurs. Alors qu’aux époques précédentes, un laps de temps était encore accordé à l’être humain pour prendre des décisions raisonnées, l'homme post-moderne s'en voit privé. Trente ans après la parution d'un de ses ouvrages majeurs, The Future Shock, une extension de sa pensée trouve un nouveau medium, le concept album. A l'origine de ce projet, deux artistes de la scène noise/industrielle : Flint Glass et Téléphérique. Tous deux ont souhaité s'interroger sur la notion de surplus de l'information et la traduire en musique. A l'occasion d'un de ses rares concerts en France, il m'a été permis de rencontrer Flint Glass et de l'interroger sur la genèse de ce projet discographique récemment paru. Intitulé Information Gigabyte, les développements qu'il propose sont autant techniques qu'intellectuels. Ce premier aspect est abordé ici même avec Flint Glass. Le second sera l'occasion d'un entretien, à paraître ultérieurement, avec Téléphérique. | Dendral, Information Gigabyte (Angle Records)  | Octopus : Peux-tu te présenter brièvement ?
Flint Glass : Je suis Gwenn, du projet Flint Glass... Il est toujours difficile de définir soi-même sa propre musique, mais je la qualifierais d'électronica/dark ambient aux sonorités industrielles. Je suis également à la tête du label Brume Records, que j'ai fondé en décembre 1999 avec Boris Volant. Lui-même dirigeait le collectif de musiques expérimentales Atelier 112, qui réunissait danseurs, électroacousticiens, musiciens acoustiques...
Quelle est la coloration musicale de Brume Records ?
Le choix du nom est directement issu de notre environnement direct d'alors. Nous habitions tous deux en Bretagne à l'époque. Or, la première chose que nous voyions en sortant de chez nous le matin était la brume maritime. Cet élément s'adaptait parfaitement au genre musical que nous souhaitions développer : industriel et rythmique.
Y a-t-il un lien quelconque avec Christian Renou alias Brume ?
Je ne connaissais pas son projet. Mais rapidement après l’envoi des premiers mails de promo sous le nom de Brume Records, il nous a contactés. Nous nous sommes rencontrés et expliqués. Il n’y a pas eu de problème. Il a apprécié notre première compilation la French Putsch. Nous avons échangé quelques albums. Il avait arrêté son activité sous le nom de Brume depuis quelques années déjà et craignait seulement qu’il y ait une confusion entre son projet et notre label, mais nous étions vraiment axés « industriel » donc pas de confusion possible. De plus, nous avions déposé les statuts de l’association et le nom était libre. Christian Renou n’avait pas de structure officielle sous ce nom. Légalement non plus, il n’y avait pas de problèmes.
Telepherique (Klaus Jochim), avec qui tu sors l'album Information Gigabyte, appartient également à la scène industrielle, mais comment vous êtes-vous rencontrés concrètement ?
Nous nous sommes rencontrés au Maschinenfest. A cette occasion, nous avons échangé albums et coordonnées. Nous avons tout simplement sympathisé. Nous sommes donc restés en contact dans l'optique de collaborer à un projet ultérieur.
Qui a initié la collaboration effective ?
Klaus était, au départ, intéressé par une collaboration technique. Il souhaitait construire un projet croisant sons analogiques et numériques. Comme il travaille à partir de l'analogique, il cherchait une personne capable de représenter l'aspect numérique. Il a décidé de faire appel à moi.
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 | | La quantité d'informations en circulation a considérablement augmenté. Face à cela, l'être humain peut se sentir dépassé. Des situations de stress s'installent à mesure que la maîtrise devient impossible. |
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| Comment s'est formalisé le concept ayant présidé à l'élaboration de l'album ?
Tout est parti d'un projet du groupe industriel SPK. En 1980, celui-ci a sorti un album intitulé Information Overload Unit. Klaus y pensait depuis de nombreuses années et souhaitait reprendre la réflexion de SPK sur le surplus d'information : il s'agissait de rapporter la capacité de stockage de l'information à un être humain. En 1980, les informations échangées dans le monde en un an correspondaient à 250 gigaoctets par personne. Actuellement, certains disques durs atteignent la capacité d'un téraoctet. La quantité d'informations en circulation a considérablement augmenté. Face à cela, l'être humain peut se sentir dépassé. Des situations de stress s'installent à mesure que la maîtrise devient impossible.
Connais-tu les théories d’Alvin Toffler sur cette question ?
Pas du tout. C’est vraiment Klaus qui a développé le concept. Il me l’a expliqué. J’ai aussi fait mes propres recherches. Je m’en suis imprégné. Nous nous sommes échangé énormément d’informations…
Que t'ont évoqué ces différentes réflexions ?
L’homme est dépassé. Il perd la tête dans une forme d’aliénation.
Pour arriver à retranscrire ce sentiment, quelle inspiration musicale t’est venue ? Et comment avez-vous travaillé ensemble ?
J’ai essayé de développer une musique émotionnelle, intense, pour arriver à retranscrire l’anxiété générée par l’avancée technologique. Quant au travail commun, il s'est élaboré très naturellement, au fur et à mesure mais aussi très spontanément. Nous communiquions par mail régulièrement et nous nous sommes téléphoné quelquefois en anglais... et nous ne sommes pas très forts en anglais ! Nous avons constitué une banque de sons de l'époque. J'ai notamment trouvé de nombreux enregistrements de conférences données par des chercheurs américains sur le surplus de l'information. Nous les avons donc samplées. Nous avons ensuite travaillé séparément et construit progressivement chaque morceau. L'ordre des morceaux a été décidé à la fin, avec pour critère d'établir une progression chronologique. Le choix des titres s’est fait en dernier.
Quels ont été les outils technologiques utilisés pour composer ?
Je travaille uniquement sur logiciels numériques. J'ai utilisé Cubase, de vieux Korg virtuels... Klaus, quant à lui, a composé sur des magnétos à bande, des samplers, des boîtes à rythmes analogiques, et aussi sur Doepfer System, un synthétiseur/séquenceur allemand.
Considères-tu que les avancées technologiques sont absolument négatives ?
Tout à fait. Surtout en ce qui concerne les médias. La télévision est omniprésente et on ne peut plus se passer d'Internet. A ce propos, j'ai d'ailleurs une petite anecdote qui concerne le projet : j'ai eu une panne d'ADSL pendant deux mois et notre travail en a été complètement bloqué. Nous sommes donc de plus en plus dépendants de la technologie.
Mais bien qu’elle entraîne une forme d’asservissement, sans la technologie, tu n’aurais pas pu travailler à distance avec Telepherique, d’une certaine manière…
… Oui. Je me rends bien compte que c’est assez contradictoire ! (rires)
Une fois le projet terminé, comment s'est faite la rencontre avec le label canadien Angle Records ?
Notre milieu musical est restreint et nous nous connaissons donc tous, plus ou moins. Martin, d'Angle Records, était au courant du projet et très enthousiaste. Je pensais d’ailleurs personnellement que le projet correspondait tout à fait à ce que produisait son label. Cependant, dans un premier temps, nous l'avons proposé à Ant-Zen, car Klaus travaillait avec eux. Ils n'ont pas été intéressés. J'ai alors repris contact avec Angle Records, qui nous a chaleureusement accueillis. Martin était très fier de pouvoir produire un projet initié par un artiste tel que Telepherique. C’est devenu une question de passion, du coup.
As-tu de nouveaux projets en cours de réalisation ?
Le plus immédiat, qui est effectivement en cours de réalisation, est une nouvelle collaboration avec Empusae, qui devrait sortir fin 2007. De façon plus lointaine, je commence à réfléchir à l'élaboration de mon prochain album solo. Concernant Brume Records, un EP réunissant Nick Grey (ancien chanteur de l'Eglise du Mouvement Péristaltique Inversé) et Empusae sortira à la mi-avril. Il mêlera influences folk, électronica, symphoniques et tribales. Un mélange intéressant...
| Mélanie Meyer
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