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Von Magnet
El Grito (Fairplay / Orkhêstra International)
Treize ans après sa parution initiale, la réédition du El Grito de Von Magnet en version remastérisée rappelle encore aujourd’hui à quel point ce groupe séminal a su développer une approche singulière et avant-gardiste du mélange des genres, et offrir aux musiques post-industrielles une ouverture insolite sur un genre inattendu, le flamenco.
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Incontestablement, Von Magnet reste un projet à part. Né à Londres dans l’ébullition post-industrielle des années 80 et dans le sillage d’une étrange penya flamenca où se cotoyaient les futurs membres du projet, le groupe se singularise rapidement par son nomadisme urbain et son étonnante synthèse de collages électroniques et de déviances instrumentales, de quêtes interdisciplinaires (musique, danse, théâtre, vidéo), et d’empathie artistique. Ici, c’est la tonalité flamenco dominante qui exprime avec un pathos débordant le trop-plein émotionnel que Von Magnet entend mettre en scène. Fait de contraste, de paradoxe, il est encore à l’époque un groupe d’équilibre. Avant un virage plus électronique collant sans doute davantage à la modélisation techno des années 90, El Grito est la dernière livraison véritablement onirique d’un Von Magnet agissant aux confins de l’insaisissable, et constitue de ce fait le troisième volet d’une trilogie magnétique entamée par El Sexo Sur-Realista en 1987, puis Computador en 1991. Tout sur El Grito semble se rapporter à cette confusion des genres recherchée par le groupe et dont la coloration électro-flamenco mutante sert de fil conducteur enivrant, d’aiguillage sinueux. On se retrouve ainsi à déambuler dans une chimérique rue espagnole, entre défilés, tambours et ligne de basse en sourdine (“State of nomind”), puis on se laisse surprendre par des rythmiques orientalisantes émergeant comme un mirage sur un paysage de mélodies éthérées (“Sketches of pain”) avant que ce jeu de passe-miroirs, d’instrumentation et d’échantillonnage, n’offre une étrange tribune à Maria Casarès, La Mort de Jean Cocteau dans sa vision d’Orphée, pour introduire un “Sorely numb” à la martialité raffinée... Offrande ultime, la voix de Phil Von se mutile presque au contact de la musique, se laissant transpercer tour-à-tour par des vocalises gitanes, des scansions dantesques (“La Llamada”) ou des envolées lyriques dignes de Scott Walker. Bercé par ses litanies féroces, le disque demeure profondément actuel. Ses lignes de fuite intemporelles, ses échappées sonores et poétiques foisonnantes lui conférant encore aujourd’hui, une sacralité troublante.
Laurent Catala
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> Pour en savoir plus
Page MySpace de l’artiste : www.myspace.com/vonmagnet
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