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Dan Kaufman
Force of Light (Tzadik / Orkhestra)
Fasciné par la puissance évocatoire et le mystère d’une langue dont les heurts rythmiques et les inventions formelles lui semblent trouver un équivalent musical dans le dodécaphonisme, le guitariste et fondateur du groupe Barbez de Brooklyn, a caressé pendant dix ans le projet de traduire musicalement quelque chose de la trajectoire de Paul Celan, sa poésie et sa vie, toutes deux profondément liées à l’expérience de la Shoah, et articulées autour d’interrogations sur l’être au monde, par la langue, par le lieu, et par la possibilité pour une langue de devenir un lieu pour ceux qui n’en ont plus. |
Aspen Tree
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Accompagné des musiciens de Barbez et de quelques Johnsons (ceux d’Antony) tels que Julia Kent ou John Bollinger, Dan Kaufman a estompé les références les plus slaves de son cabaret punk théâtral et expressionniste pour jouer avec distinction la carte de la distanciation et de l’écart pour ce disque construit comme une monographie. Évocations de moments de la vie de Celan comme sa rencontre avec Heidegger ("The Black Forest") alternent en effet avec l’illustration sonore de quelques poèmes aux résonances autobiographiques ("Aspen Tree"). La musique de DK peut jouer la carte du mimétisme ou du figuratif : un accord grimaçant de seconde mineure porté par une danse trépignante pour traduire ce que pouvait représenter pour un juif roumain au lendemain de la seconde guerre mondiale le geste d’investir la langue allemande ; quelques guitares flamenco pour répondre aux « Estremadure » et « No Pasaran » prononcés d’une voix blanche par Fiona Templeton dans "Shibboleth". Mais Force of Light surprend par son caractère lumineux et caressant, ses allures simples presque anodines, à l’instar de "Conversation in the Mountain" : morceau de post-rock à la linéarité nonchalante, enveloppé de pedal-steel comme chez Lambchop et parsemé d’éclats de vibraphone ou de clarinette, de reflets de guitare et travaillé par les inflexions et les déformations subtiles produites par le toujours très brillant theremin de Pamelia Kurstin. Entêtantes, sinueuses et mélancoliques les compositions ne révèlent leur étrangeté et leur parenté cachée avec l’œuvre de Celan qu’après plusieurs écoutes. La lumière y a cette qualité ambiguë : violence froide et crue, beauté et présence insistante du monde. C’est seulement en fin de parcours, sur le magnifique "Sky Beetle", que se révèle l’abîme et la désolation d’un paysage nocturne fait de silences, de vibrations, scandés par des percussions sourdes et ces mots : « Chargé de reflets chez les/scarabées du ciel/dans la montagne/La Mort/dont tu me restais redevable, je/la porte/à terme ».
Alexandre François
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> Pour en savoir plus
www.barbez.com
www.tzadik.com
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