Pays de grands contrastes musicaux – nous payons une intégrale Edvard Grieg à qui nous démontrera le lien entre la pop fragile des Kings of Convenience et l’ambient prenante de Biosphere, sans même parler des essentiels Lasse Marhaug et Maja Ratkje – la Norvège bouillonne d’idées artistiques captivantes. Le label Rune Grammofon l’a déjà prouvé, et Octopus l’a approuvé, la tendance free improv’ a trouvé entre Oslo et Stavanger un vivier inépuisable de créateurs.
Format évidemment revendiqué en nos pages octopussiennes, la musique expérimentale improvisée des Norvégiens de LEMUR se révèle complètement fascinante, avis à tout lecteur guère habitué à la fréquentation du genre. D’une totale liberté stylistique, le quatuor d’Oslo (flûte, cor à pistons, violoncelle, contrebasse) choisit de ne pas choisir entre composition moderne, free jazz, improvisation noise et musique de chambre, laissant libre court à des inspirations sensationnelles, de leurs compatriotes de Supersilent (impossible de ne pas y songer) à l’école viennoise du début du 20è siécle (Berg et Webern surtout), sans oublier Giacinto Scelsi ou Derek Bailey (pour l’état d’esprit libre et sans contraintes). D’une grande variété dynamique, les quatre Scandinaves étonnent de part en part du disque – première sortie du label +3DB, qui s’annonce passionnant, à l’image du Man Under Train Situation de Rehab, chroniqué en ces mêmes lieux – à fortiori quand on sait qu’il a été enregistré en une seule session. Confondante de naturel, leur spontanéité est marquée au fer rouge d’un sens de la recherche jamais gratuite, où chaque instrument prend le relais de son frère d’arme sans chercher à impressionner la galerie par des effets spectaculaires ou déplacés. Immense disque, tout simplement.