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Fovea Hex
Bloom (Janet Records / Die Stadt / Import)
Attention, « super-groupe » : derrière Fovea Hex se cachent quelques pointures, dont, entre autres, Brian Eno, aux côtés de son frère Roger Eno, Andrew McKenzie (aka Hafler Trio) et Carter Burwell (compositeur pour les frères Cohen ou Spike Jonze). Tous sont au service des talents de compositrice et interprète de Clodagh Simonds – connue pour avoir collaboré avec Thin Lizzy et Mike Oldfield, et plus récemment avec Russel Mills au sein de Unda rk. Avec Fovea Hex, entre voix traditionnelles et textures expérimentales, la chanteuse irlandaise fait le lien entre deux univers distincts, mais qui n’ont rien d’incompatible. |
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Des fragments de voix éthérées, abordant des thèmes sombres et énigmatiques, glissent et s’écoulent lentement, sous-tendus par de délicates nappes d’une fluidité telle qu’elles habitent et envahissent chaque parcelle de l’espace sonore. Le monde idiosyncrasique de Fovea Hex semble sorti d’un univers parallèle où règne l’anti-matière : chaque élément qui le constitue étant d’une finesse immatérielle, se définissant plus par son absence que sa présence. L’addition de ces particules impalpables parvient néanmoins à aboutir à un ensemble d’une consistance et d’une densité bien réelle, mais toujours insaisissable. De cette faille spatio-temporelle en marge des lois de la physique générale s’échappent d’immenses courants glacés, vents polaires séculaires laminant un sol instable, mouvant. Dans une atmosphère en microgravité, un violon lancinant, fort de ses racines celtes, dérive insensiblement dans la dissonance pour tendre vers un drone en apesanteur, évoquant le jeu de William Breeze. Allié aux voix du trio de chanteuses présentes sur We Sleep You Bloom, dont certaines intonations rappellent celles de Rose McDowall, tout concourt à rapprocher Bloom de la série des eps de Coil Soltice / Equinox. Premier volet d’une série de trois eps (le second volume étant à paraître au printemps), Bloom, ou pour rependre le titre complet Neither Speak Nor Remain Silent : one peut voir son impact décuplé par l’adjonction d’un second disque - disponible uniquement sur commande auprès de Die Stadt. The Explanation, remix par Andrew McKenzie, permet de compléter et d’approfondir l’expérience et les sensations préalablement générées. Si la patte caractéristique d’Hafler Trio est déjà présente sur les versions originales, elle reste fine et épurée, au service des titres composés par Simonds, mais prend toute son ampleur le long de ces vingt minutes additionnelles. Lors de cette descente au coeur du son, ne voyageant pas sur un drone unique mais sur une multitude de niveaux en coexistence pacifique, l’expérience se veut unique, plongée abyssale dans un abîme qui n’est autre qu’un trou noir.
Aymeric Lozet
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